Référendum : Permis de tuer ou la Peine de mort marchande
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On pourrait penser, ici ou là, que moi-même et quelques autres rédacteurs d'altermonde, tout comme un certain nombre d'analystes, ailleurs, nous voulons dire NON au TCE pour des raisons idéologiques ou juste pour le plaisir de s'opposer. Penser cela serait une grande erreur, mais bien sûr, les partisans du Oui pousseront dans ce sens, eux qui adorent trouver toutes sortes de diffamations contre nous pour mieux troubler l'opinion publique. (Voir : [1])
Ce que je vais écrire à présent va plus loin dans mes raisons de dire NON, définitivement NON. Cela dépasse le cadre étroit de l'Europe ; cela rejoint les motivations essentielles qui animèrent les résistants au nazisme il y a plus de soixante ans. Et je reste surpris que personne (du moins je n'ai rien lu en ce sens jusqu'ici) n'ait réagi de façon virulente aux quelques lignes que je vais vous livrer. Et j'espère, vivement, que je me trompe, que mon intutition me mente...
Tout d'abord, je dois donner mes sources. Les lignes en question proviennent d'un texte reçu d'Eric, qu'il m'a transmis venant d'amis à lui. Ce texte se nomme : Fiches techniques TCE. C'est une très intéressante analyse de divers points contenus, mais si peu faciles à découvrir, dans l'épais pavé. Certains sont connus, d'autres guère...
Avant de développer les lignes qui m'intéressent, je publie les explications préliminaires figurant dans le texte des fiches techniques :
« Explications relatives à la Charte des droits fondamentaux. C'est sur la charte des droits fondamentaux que s'appuient les partisans du oui pour vanter l'avancée sociale que représente, à leurs yeux, ce projet de constitution. Cette charte donne un certain nombre de droits qui peuvent apparaître, à première vue, comme positifs. Avec une lecture plus attentive, on découvre, par exemple, que le droit au travail inscrit dans notre Constitution est remplacé par « le droit de travailler ou de chercher un emploi » ce qui n'est pas du tout la même chose.
Mais le domaine social n'étant pas familier à la plupart des gouvernements européens, il a été joint des explications relatives à cette charte. C'est annoncé dans le préambule de la charte : « la charte sera interprétée en prenant dûment en considération les explications établies sous l'autorité du Praesidium de la Convention ».
Le praesidium était composé du Président de la Convention, Valéry Giscard d'Estaing et d'un représentant par Etat.
Pour trouver ces explications, il faut aller fouiller dans les dizaines d'annexes qui accompagnent le projet de Constitution. Nous cacherait-on quelque chose ? Chaque article a donc son explication fournie par le Praesidium. Si certains ne posent pas de problèmes, d'autres sont plus inquiétants...
Je vous propose une analyse dans l'ordre inverse des articles que je veux vous soumettre pour finir par le plus inquiétant de tous.
Art. II.67 : "Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications" Là encore le Præsidium fixe des limites...
"Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique [ sauf si elle ] est nécessaire (...) au bien-être économique du pays, à la protection de la morale."
Attention à vous si, par exemple, vous défendez le service public. Vous pouvez être un perturbateur du « bien-être économique.»
Que signifie, dans l'esprit des rédacteurs de ce texte, en l'occurrence en particulier dans l'esprit de Valéry Giscard d'Estaing, cette limitation « du respect de la vie privée et familiale, du domicile et des communications » ? Tout d'abord, et c'est très grave, que la vie individuelle et familiale est soumise au premier droit qui est le droit économique. Défendre le droit du service public sera, bien entendu, un crime ; mais, lutter contre l'établissement du nucléaire en France, en sera un autre ; lutter contre les OGM et les autres produits mortels pour l'humanité justifiera le viol de la vie privée ; toute lutte sociale pour améliorer le sort lamentable des salariés sera, à l'évidence, un crime contre le premier et, en fait, le seul droit reconnu dans le texte de Giscard d'Estaing, le droit économique !
Ceci permettra aux gouvernants futurs, dans tous les pays de l'Europe giscardienne, sous l'influence des hauts patronats, de violer le respect de la vie privée et familiale ; ceci permettra également de violer le respect du domicile et des communications privées. Tout individu qui luttera pour « un autre monde possible » ne connaîtra plus de vie privée ; tout sera fouillé, expertisé, analysé, écouté, filmé, voire exposé au public sous le prétexte fallacieux du « bien-être économique » !
Art. II 66 : "Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté" Mais les explications du præsidium donnent des exceptions pour le moins étranges...
"Nul ne peut être privé de sa liberté, sauf dans les cas suivants : d) S'il s'agit de la détention régulière d'une personne susceptible de propager une maladie contagieuse, d'un aliéné, d'un alcoolique, d'un toxicomane ou d'un vagabond. e) S'il s'agit de l'arrestation ou de la détention régulière d'une personne pour l'empêcher de pénétrer irrégulièrement dans le territoire, ou contre laquelle une procédure d'expulsion ou d'extradition est en cours."'
Voilà affirmé dans le texte immuable du traité constitutionnel européen, l'exclusion programmée des faibles, des malades, des pauvres et des étrangers. Cette mise au point du praesidium, donc de Giscard d'Estaing en personne et de ses quelques complices, est donc l'œuvre et la signature de gens qui légalisent l'exclusion et la discrimination du monde de la misère. Cela situe l'esprit et la « valeur » du texte.
C'est abominable et contient en soi l'apartheid des populations modestes et pauvres si, par malheur, elles ne trouvent ni la force ni les moyens de servir d'esclaves convenables, et surtout rentables, pour servir ces puissants qui seuls décideront qui a ou n'a pas droit à la liberté !
Le plus scandaleux et le plus grave reste à venir. Et cela sent puissamment la rancœur de Giscard d'Estaing qui n'a jamais pardonné aux Français, voire au monde entier, de lui avoir montré la porte en 1981 !
Art.II.62 : Droit à la vie. 1. "Toute personne a droit à la vie" 2. "Nul ne peut être condamné à la peine de mort, ni exécuté".
Les explications du Præsidium remettent en cause l'alinéa 2 puisqu'il est dit :
"La mort n'est pas infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d'un recours à la force rendu nécessaire :
a) Pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale b) Pour effectuer une arrestation régulière c) Pour réprimer conformément à la loi, une émeute ou une insurrection"'
La philosophie d'ensemble de ces trois lignes signifie ceci, de façon extrêmement claire : - Vous qui appartenez aux peuples d'en bas, soyez serviles, ne résistez pas, ne réfléchissez pas, servez-nous sans discuter, acceptez nos lois, et nous vous garantirons le droit de vivre. - Vous qui aurez la prétention de résister, sachez que nous vous condamnons à mort !
Dans le détail des trois lignes, voici ce que ça donne : a) « Pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale. » C'est le « permis de tuer » qui est délivré aux forces de répression, aux forces de mort à venir, à l'encontre de toute personne voulant résister à la « Sainte loi économique ».
Lu rapidement, on pourrait se dire que c'est frappé au coin du bon sens. Mais, réfléchissons : Qu'est, dans l'esprit de Giscard et de ses acolytes, une violence illégale ? Ça ne veut bien sûr rien dire, mais cela permettra aux bourreaux du futur d'y mettre le sens qu'ils voudront, puisque rien n'est précisé, et je pense à dessein, en fonction de leurs intérêts du moment à protéger, intérêts de caste, bien entendu.
b) « Pour effectuer une arrestation régulière » C'est encore le « permis de tuer » qui est délivré officiellement aux mêmes forces de mort, aux futures milices des « prêtres de l'économie déifiée ».
Qu'est, dans la tête, dans l'esprit criminel des rédacteurs de ces lignes, une « arrestation régulière » ? Il n'y a pas plus d'explications que pour l'affirmation précédente. Ce qui laisse le même champ de liberté d'application en fonction des intérêts du moment de quelque puissance économique, d'une multinationale, par exemple...
Imaginez un instant que l'arrestation de José Bové, il y a presque deux ans, se déroule sous les lois d'un TCE adopté... On sait la haine qu'il subit en raison de ses prises de positions trop claires, trop justes, trop médiatisées. Sous la loi de Giscard, européanisée, quoi de plus simple que d'affirmer qu'il a résisté contre son arrestation, qu'il s'est montré menaçant, et qu'il a fallu, hélas, trois fois hélas, tirer...
C'est cela la signification du point b...
c) « Pour réprimer conformément à la loi, une émeute ou une insurrection » Voici le point qui nous concerne tous, dès que nous avons le sens de la Justice, le sens des nécessaires luttes pour un monde meilleur, un monde qui ne soit pas marchand, qui ne soit pas le monde de l'argent-dieu ! Bien entendu, pas plus que les deux autres points, ce que veut dire « conformément à la loi » n'est explicité. Sauf que nous savons que tout dans le TCE est soumis à la loi du marché qui lui n'a jamais le moindre respect de la vie, puisqu'à ses yeux tout est marchandise. Or, une marchandise, lorsqu'on la considère comme avariée ou dépassée, on la détruit !
Et qu'est donc, aux yeux des rédacteurs de ces quelques lignes, je le répète, criminels, une émeute ou une insurrection ? 1968 en fut une ! Imaginez le même genre de mouvement dans l'Europe giscardienne du futur si nous avons le malheur de le suivre : les forces de mort auraient, sans coup férir, fait usage de leurs armes, mais pour tuer, sciemment. Et ceci toujours pour ne protéger que les quelques profiteurs monstrueux que doit supporter l'humanité !
Nous sommes ainsi prévenus, nous tous qui résisterons, car pour la survie de l'humanité nous n'aurons pas d'autre choix qu'une résistance acharnée, qu'eux, en face, nous auront condamnés à mort sans jugement, dans le secret d'un cabinet ministériel ou le bureau d'un grand patron !
Ainsi encore, si des lycéens du futur devaient, en raison de leur idéalisme naturel, et de leur très grand sens de la Justice, manifester pour refuser de voir livrer leurs écoles aux marchands, les forces de mort tireront sur tous les meneurs, pour les tuer sciemment ! Non seulement ces milices d'Etat auront le « permis de tuer », mais dans ces cas, à l'évidence, ils auront « l'ordre de tuer ».
Je voudrais espérer que ces lignes que je viens d'analyser n'aient jamais existé dans ce texte que tant de politiciens, de droite, de centre, de gauche, nous présentent comme le texte fondateur de la nouvelle Europe. Si quelqu'un pouvait me démontrer que ces lignes n'ont pas été inscrites dans ce qu'ils veulent nous imposer comme une constitution, je serais l'homme le plus soulagé du monde !
Parce que, telle que je la ressens, telle que je la comprends, cette nouvelle Europe est d'essence cruellement fasciste !
A quoi aura-t-il servi que tant d'hommes se soient battus contre les nazis, y aient laissé leur vie, si c'est pour remettre ça demain ? Et c'est encore plus vicieux que le nazisme puisque cette Europe de Giscard se pare de toutes les qualités et vertus ! Je ne comprends même pas comment un Jean-Marie Le Pen puisse la rejeter, tant elle est semblable à ses rêves les plus fanatiques. Certes, ce n'est pas la France seule, sans doute est-ce cela, mais rien que cela qui le gêne.
Vous ne pouvez pas imaginer combien je ressens, au plus profond de mon être, le malheur d'être né dans une époque qui, trahissant les espérances des pères de l'Europe, établit, en exigeant notre signature de surcroît, une dictature pire que toutes celles que l'humanité eut à subir. Rares sont ceux qui, aujourd'hui, perçoivent la nature du danger, son importance, son ampleur.
Je voudrais redire à tous ceux qui me font confiance, mais aussi à tous ceux que mes écrits énervent ou blessent sans qu'il n'y ait de ma part une telle volonté, que si, dans leur esprit, ils sont sincères, il faut qu'ils comprennent que l'idéologie néolibérale est, de façon totalitaire, une idéologie de mort !
Le but de cette idéologie, le but apparent, est le profit d'une petite caste, si petite au regard de l'ensemble de l'humanité. Mais ce profit est par nature totalitaire. Il n'admet nul partage ; il n'admet nulle réflexion de nature humaine et ne comporte pas la moindre notion d'amour, d'amour de la vie dans sa globalité, d'amour de l'humanité. De ce fait, il porte en lui la marque de la mort.
Ce « profit », par nature dictatorial, ne peut que semer la mort tout autour de lui si un rien lui résiste. De même qu'il ne pourra que répandre la mort parmi les peuples, lorsque, à force de gaspillage et de vols, il aura épuisé les ressources naturelles. Le peu qui restera, il se l'accaparera par la mort des autres, de tous ceux qu'il considérera comme indignes de vivre, ou comme concurrents potentiels à son exclusif bien-être {(Voir : [2])}. Rappelez-vous les paroles de George Bush, mais aussi de ses prédécesseurs, qui tous ont affirmé que : « Tout est négociable sauf le train de vie des Américains » (ou à peu de choses près).
Si vous riez, si vous souriez, si vous pensez que je divague, alors je crains que vous n'aurez rien compris à ce texte ni ce qu'il signifie. Alors, sans l'avoir cherché, vous serez aussi responsables des morts à venir. Il faut en être conscients ; il est temps encore de réfléchir jusqu'à s'en faire mal à la tête pour comprendre ce qu'est cette idéologie, ce que seront les crimes à venir.

